• A chacun son Everest

    Une belle description d'un vol d'automne. Où Stéphane Boulanger nous fait bien entendre que le bonheur n'est sûrement pas dans le nombre de kilomètres parcourus...

    C'est vrai que c'est ce qu'on ressent avec de l'expérience. Facile à dire mais un "jeune" parapentiste aura toujours envie de faire des vols "mythiques" quitte parfois à prendre trop de risques...

    En tout cas le mieux c'est de le comprendre et de s'écouter le plus rapidement possible.

     

    4h30 du mat, je n'arrive plus à dormir, heureusement à côté de moi se trouve le bouquin de Jean Yves Fredriksen.
    Je me plonge alors dans la suite de ce récit que je trouve passionnant, sur cette magnifique traversée de l'Himalaya.
    Le temps semble passer plus vite quand votre esprit est occupé, je regarde encore une dernière fois la météo ... pile ou face ? dois-je partir sur le Buet ou tenter un vol sur les Aravis.

    Je sors sur le balcon mais il me semble sentir des résidus de foehn, je me dis qu'il vaut mieux partir sur ma deuxième idée, les Aravis, en décollant au-dessus de la Vierge du Chatelard à prés de 2000m.
    10H30, le soleil m'accompagne sur les pentes SUD-EST de la Giettaz, je sens une petite brise se mettre en place, chauffe Marcel !!!

    Il est tôt, je prends mon temps, je monte à 500 m/h avec un sac de 15 kg dans une pente bien raide, j'arrive au décollage à 1960m au-dessus de la Giettaz et de la Vierge du Chatelard dans un cadre toujours aussi magnifique, aux couleurs d'Automne, parsemées de brume.

    Je me pose enfin, me restaure d'un sandwich délicieux que ma femme m'a préparée avec amour, ainsi que d'une bière bien méritée après cette petite ascension de 550m (tous les prétextes sont bons).

    Pendant cette montée le ciel s'est voilé, la météo ne s'est pas trompée, je vais devoir attendre une à deux heures peut-être, je me donne la limite de 13h pour décoller sur ces faces EST des Aravis.

    Un choucas vient me narguer et enrouler à 10m de moi, mais ce n'est pas une très bonne référence ce type de piaf, avec ses 250 g et son rayon d'enroulage de 2m50.
    Aucuns vautours à l'horizon, le voile se disloque petit à petit, la terre se réchauffe à nouveau, les ombres deviennent plus nettes et je patiente encore.

    La patience, je crois que c'est le maître mot du parapentiste, je n'ai pas envie de faire un tas , je n'ai pas envie non plus de me retrouver dans la même situation que la semaine dernière ou j'ai raté un vol de 100km par excès de confiance et surtout trop pressé.
    12H30, Les premiers vautours font leur apparition, ça sent bon le thermique, je me prépare, je suis sur une cassure et je suis mal exposé à la brise ce qui peut fausser mon jugement d'ailleurs.

    Je dois monter plus haut de quelques dizaines de mètres dans une pente plus raide , je prendrai des pinces à linge la prochaine fois pour attacher le bord d'attaque à des touffes d'herbe.
    Dés que le cycle se fait sentir, je prends mon envol et je sors comme un bouchon de champagne.

    Me voilà en train d'enrouler avec nos amis vautours , on se croirait dans une compétition , dés que certains vautours me voient en train de centrer le thermique, il viennent dans ma direction et se mêlent à cette danse du ciel que nous aimons tant.
    Je trouve la masse d'air space, je sens que ce n'est pas super sain, bref je plane jusqu'à la pointe Percée ou je fais demi tour.

    Arrivé au col des Aravis, je sens une rentrée de OSO venant du col, avec mes compagnons de vol que sont les vautours, nous nous faisons quelque peu brasser.
    Il est déjà 14H et les ombres envahissent les pentes EST SUD EST de l'étale , de plus je serai sous le vent si je transite vers celui ci.
    Je bascule à gauche du col de la croix fry et je sens de plus en plus le OSO.
    Le thermique est teigneux sur l’arête de Merdassier .

    J'ai un très mauvais pré sentiment sur le suite du vol si je continu vers le Charvin, je préfère basculer sur Manigod ou je retrouve une belle pompe qui m'extrait à 2500m.
    J'ai donc une sacrée marge pour aller jusqu’au Lachat de Thônes ou j'arrive quasiment à son sommet.

    La suite est comme une lettre à la poste, je vais faire un point vers la tête a Turpin , je décide de ne pas aller plus loin car je veux rester au vent de cette tendance Sud.
    Rester également à plus de 2000m, surtout ne pas s'enfoncer dans les basses couches, le risque étant de poser, surtout en cette période, il faut bien se dire que nous sommes mi-octobre.

    Je retourne vers le Lachat de Thones ou je fais le Max de plaf pour transiter vers l'antenne de Beauregard.
    La dernière étape étant de faire assez de plein sous le crêt du loup pour atterrir sereinement au col des Aravis.
    La brise est très faible, on sent bien que c'est l'automne, les conditions s’essoufflent rapidement.

    Je suis content d'avoir pu boucler ce vol FAI de 47 km Mi Octobre, c'est loin d’être un exploit certes, mais peu importe, à chacun ses limites, j'aurai certainement pu faire mieux mais la sécurité et les marges de manœuvres sont une priorité plus je prends de la bouteille.

    Quelle belle journée, quelle chance nous avons d'habiter dans ces montagnes plus belles les unes que les autres.
    C'est ainsi que ce jour s’achève pour un parapentiste, Heureux de rejoindre ma famille qui m’attends, je roule en direction de mon habitat en pensant à cette journée ordinaire ou extraordinaire ? Tout dépends du point de vue ou on se trouve n'est ce pas ?

    N'oubliez jamais que l'aventure commence au pieds de votre porte et peu importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse ...

    A chacun son Everest

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